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[Crises 1929/2008] Similitudes...

 
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Alter Egaux
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MessagePosté le: 25/01/2012, 06:51    Sujet du message: [Crises 1929/2008] Similitudes... Répondre en citant

J'ai été impressionné par l'article de Marianne : en effet, grosses responsabilités des agences de notations dans la poussée du fascisme et la chute de démocratie en Grèce. Démonstration :

Citation:
En 1931, Moody's conduisait déjà la Grèce au chaos

Dans le commentaire d'un article sur les agences de notation, une mariannaute rappelle l'épisode historique qui a vu l'agence Moody's dégrader la note de la Grèce, générant des troubles sociaux et politiques dans le pays avant l'arrivée au pouvoir du général Metaxas, fasciné par les régimes fascistes. Moody's exprimera ses regrets, annoncera la fin de la notation des dettes publiques avant de ressortir son funeste carnet de notes en 1975.

Citation:
« Lorsque Moody's a dégradé la Grèce en 1930, une sévère politique d'austérité a été mise en place et a abouti,bien entendu , à une dictature militaire, au point que Moodys a l'époque s'est excusée et a promis de ne plus noter les dettes « souveraines ». Depuis,on a eu la paix ! sauf que la commission européenne en mars 2010 a permis de nouveau à ces agences qui se contentaient de noter les entreprises,...de noter absolument TOUT, sous entendu : les dettes souveraines. Ces agences sont payées à la commande par des banques ou par des fonds de pension étrangers intéressés aux rendements à 2 chiffres. Depuis, PSA, mal notée, a décidé de délocaliser. Depuis,les taux d'intérêt de la Grèce sont passés à 18%, voire 25% à certains moments, ce qui a eu le « mérite » de multiplier la dette d'origine par 4 !!! » écrit Jocelyne Rivoallan en commentaire d'un article de la blogueuse Aliocha intitulé: « AAA: on veut bien s'indigner mais on a pas tout compris »


C’est l’économiste Jean-Marc Daniel, qui, le plus récemment, est venu rappeler cet épisode historique méconnu.
En 1909, John Moody, journaliste financier reconverti, crée la notation stricto sensu : sa société jauge les risques en s'appuyant sur une grille de notes, qui permet de résumer les risques pris par le créancier. S & P suit en 1916 et Fitch en 1924. La notation des Etats débute, elle, dès 1918...

Au début des années 1930, le Trésor américain reproche aux agences de notation de n’avoir pas vu venir les faillites en chaîne des banques et la crise boursière de l'automne 1929. Elles entreprennent dès lors d‘élargir leur champ de compétence à la dette des états. Pendant la Grande Dépression, de nombreux pays européens n'ont pu faire face à leur dette : l'Allemagne, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie. Mais les agences de notation ont alors essentiellement dans leur collimateur des pays latino-américains, victimes de la chute des cours des matières premières. Les agences baissent la note du Brésil et de la Bolivie, qui fera défaut en janvier 1931.
A Washington, on reproche alors « aux agences de se concentrer sur la zone américaine et d’ignorer l’Europe » écrit Jean-Marc Daniel. Le doigt sur la couture du pantalon, les agences se penchent sur l’état du vieux continent. Moody’s « repère l’homme malade de l’Europe ». C’est la Grèce qui aura « le triste privilège d’avoir été, dans l’Europe des années 30, la cible régulière des agences de notation, alors dans leur « adolescence ».

Etiqueté libéral de gauche, le premier Ministre Venizélos, un avocat Crétois considéré comme le fondateur de la Grèce moderne. Accusé par l’opposition monarchiste de ruiner l’Etat, il dit distinguer « la bonne dette qui prépare l’avenir de la mauvaise dette qui sert à payer les fonctionnaires ».

Pas assez convaincant pour Moody’s qui dégrade la Grèce. Les taux d’intérêts augmentent. C’est l’escalade. Les exportations de produits agricoles, principales sources de revenu, diminuent. L'autre grande source de capitaux, les envois d'argent des Grecs émigrés, se tarit. Enfin, les prix flambent en Grèce. Venizélos essaie, dans un premier temps, de rester optimiste. Le 25 avril 1931, il supprime la liberté des changes et impose un cours forcé de la drachme. Le 1er mars 1932, il arrête les remboursements des emprunts contractés auprès de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Italie. Les critiques de l'opposition sont de plus en plus virulentes. Pour sauver sa majorité à la chambre lors de législatives qui s'annoncent, Venizélos décide de remettre en place la proportionnelle, qu'il avait critiquée en 1928 en disant qu'elle avait conduit le pays à l'anarchie. Il va aussi jusqu'à limiter la liberté de la presse pour modérer les attaques. Accusé de tendances dictatoriales, son parti est battu. Le retour au pouvoir des monarchistes s’amorce en 1935 avant le coup d’état du général Plastiras. Après une période de désordre, le Roi nommera le général Metaxas ministre de la guerre. S’inspirant des formes autoritaires du régime fasciste italien de Mussolini, il interdit les partis politiques. Il fait arrêter les opposants : près de 15,000 Grecs sont arrêtés et torturés durant les cinq ans de la dictature de Metaxás. Il déclara les grèves illégales et instaura la censure.

Constatant l’étendue des dégâts politiques, Moody’s exprimera ses regrets s’engageant à ne plus noter les dettes publiques des états.

Après guerre, les affaires des agences reprennent, même si elles arrêtent de noter les Etats, qui ne se financent plus guère sur les marchés. La polémique reprend en 1968, quand le maire de New York, furieux de voir sa ville dégradée, fustige S & P et met en cause la faiblesse de ses ressources humaines. Les agences répliquent en changeant de modèle économique : elles adoptent celui d' "emprunteur-payeur" - l'emprunteur paie désormais l'agence pour l'évaluer -, afin d'affiner leurs analyses. Mais à partir de 1975, le marché des obligations d'Etat repart. Les agences ressortent leurs carnets de notes pour évaluer les Etats, et à susciter la critique. Ainsi, elles ont accordé aux pays d'Amérique du Sud de très bonnes notes au début des années 1980, avant que ceux-ci n'enchaînent les faillites. Paradoxalement, bien que toutes ces « Sœur Anne » de la finance n’auront rien vu venir de la crise de 2008, multipliant les scandales, aggravant la situation des états mis au piquet, la référence aux notes dans les législations financières n'a jamais été aussi importante. Retour vers le futur.
http://www.marianne2.fr/En-1931-Moody-s-conduisait-deja-la-Grece-au-chaos_a…

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Dernière édition par Alter Egaux le 10/07/2012, 17:15; édité 1 fois
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MessagePosté le: 25/01/2012, 06:51    Sujet du message: Publicité

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porcinet
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MessagePosté le: 25/01/2012, 07:26    Sujet du message: [Crises 1929/2008] Similitudes... Répondre en citant

Ils n'ont même pas changé les noms ! C'est beau la transmission ! Et la le peuple, il est pas con le peuple ! Si cela arrive en France, cela ne peut que faire du bien à tous les blaireaux qui fustigent plus faible qu'eux. Qu'ils aient faim, qu'ils dépriment, qu'ils se retrouvent à la rue, voilà qui permettra un début de réflexion pour les amphibiens mononeuronaux.
Parce que chez nous, c'est pareil aussi ! En gros, cette classe de merde nous à mené à la guerre pour conserver ses privilèges, à la fin du conflit le peuple obtient des compensations contre son labeur (sécu, congés, etc...) mais rien de fondamental pour bouleverser l'ordre établi. Depuis la fin de la guerre, ces messieurs n'ont de cesse de reprendre le peu qu'ils avaient céder. Et les Français continuent Bastille-Nation et de croire que faire reculer une décision est une victoire pour les travailleurs !
Quelle ambition ! 1000 licenciements au lieu de 2000 ! C'est ça, la négociation.
Si il y a un changement pour les moutons, cela sera celui de tondeur mais c'est bien tout ce qu'ils peuvent espérer tant ils sont manipulés de la naissance à la mort. Le chantier éducatif à entreprendre donne une notion d'infini.
Les Grecs sont morts, ils n'ont plus qu'à vivre dans la misère ou partir, bientôt partir ne mènera nulle part et il restera une seule alternative commune à l'humanité presque entière.
Enfin unis dans une même direction !
La vraie révolte, c'est tout arrêter, mais la peur, la culpabilité et le besoin de sécurité sont plus forts et ils préfèrent vivre à genoux. Les révolutions ne sont que des accès de colère et les gueux rentrent vite dans le rang. Combien de "Mme la comtesse" entendus à notre époque, quel beau réflexe de soumission.
Mais comment réveiller des momies confites dans leurs certitudes de petits bourgeois ?
C'est cela qui n'a jamais eu lieu et c'est cela qui importe, c'est presque impossible mais sait-t-on jamais ?
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Alter Egaux
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MessagePosté le: 24/05/2012, 06:02    Sujet du message: [Crises 1929/2008] Similitudes... Répondre en citant

Un excellent article de G. Filoche, certe incomplet, mais d'une pertinence rare dans les mass médias.
Je ne savais pas où le mettre : soit créer un fil, ou le mettre ici. C'est le second choix qui m'a semblé opportun.

Citation:
Le CAC 40, l’UMP et ses sous-valets, les Le Pen
Oui, c’est Krupp qui a fait Hitler ! Il ne faut pas se tromper d'ennemi. Il ne faut pas, comme le taureau, viser la cape rouge mais le toréador. Ou d'où vient le fascisme?

Irrité par toutes ces théories qui font du FN l’ennemi principal, je rétorquais ici une fois de plus, que le FN n’en était que la succursale de l’UMP.
UMP et FN sont blanc bonnet bonnet bi, on l’a vu sous le gouvernement et dans la campagne de Sarkozy. De 1981 à 2012, le FN « monte » et « descend » au gré de la classe dominante et de ses médias aux ordres. L’oligarchie, le CAC 40 jouent avec le FN. Ils créent les conditions matérielles de son existence, attisent les discours idéologiques qui lui permettent de se développer, puis s’en servent au gré de leurs besoins politiques pour diviser, berner, écraser le salariat.
Je disais donc qu’il ne fallait pas se tromper d’ennemi mais qu’il fallait combattre en priorité le grand capital, pas les commerçants abusés par lui. Ce combat doit être central, classe contre classe, gauche contre droite, et non un « sous combat » dérivé extrême gauche contre extrême droite. J’expliquais qu’il ne fallait pas comme le taureau viser la cape rouge, mais le toréador. Je concluais d’une phrase rapide : « C’est Krupp qui a fait Hitler ».

Une lectrice FdG nous répond : « Non ce n’est pas Krupp qui a fait Hitler ! ». Et elle développe de façon assez incroyable pour être prise au sérieux et réfutée : « Il fallait d’abord l’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht pour éviter tout danger que les électeurs se tournent vers la vraie gauche, puis l’élection du conservateur Hindenburg, puis la coalition centre-SPD qui le fit réélire, jusqu’à ce que Hitler s’impose comme la seule solution possible. Hitler fut la créature de l’ensemble de la classe politique démocratique. »

Pour ceux qui ont un peu de culture historique, en gros cette analyse est celle de l’internationale (dite) communiste, stalinisée, de la troisième période. « Ce sont les socialistes qui ont fait Hitler ». Comme si c’était le produit de mauvaises idées ou d’idées molles et non pas de forces matérielles, physiques puissantes. Elle excuse ainsi le grand capital. Mais à l’époque, estimant que la crise de 29 avait sonné le glas du capitalisme, les staliniens combattaient en priorité le « social fascisme » ennemi devenu principal car celui-ci étant le plus proche dans la classe ouvrière, agent « objectif » du fascisme, il trompait ceux qu’il fallait entraîner dans le combat, il fallait donc l’éliminer en priorité. Notre lectrice adapte et va jusqu’au bout de cette vision : « l’ensemble de la classe politique démocratique » assassine la vraie gauche, la droite l’emporte, les socialistes s’allient avec elle, et le fascisme gagne. Ensuite, elle démontre, par anticipation, que le combat essentiel actuel est donc entre le FdG et le FN, sans nuance : « Le FN propose la mort, et le FdG la vie… La force du FdG, c’est de pratiquer une pédagogie libératrice et émancipatrice qui fait prendre conscience au peuple de sa force (« You are very dangerous !!! »). La force du FN, c’est celle du PS : avoir 100 ans. J’ai l’impression de proférer une banalité en disant qu’à part eux personne ne sait plus où il habite et que les partis traditionnels me semblent condamnés à être emportés dans une tourmente où s’opposeront ce qu’il est convenu d’appeler « les deux extrêmes », et cela dans toute l’Europe. » (sic)

Ce raisonnement conduit à balayer du champ du réel et même de l’imaginaire, les faux vrais fascistes et les vrais faux socialistes du « centre » pour valoriser le seul combat final attendu entre les forces extrêmes, noires contre rouges. C’est ce que Jean-Luc Mélenchon (mais il n’est pas toujours sur cette ligne, il est heureusement pour lui plus habile dans d’autres interventions) décrivit mardi 24 avril au journal de France 2 comme la bataille essentielle : « front contre front » : front national contre front de gauche !

« Sans théorie révolutionnaire pas de parti révolutionnaire » écrivait Lénine. En effet, il faut un minimum de théorie pour aborder la question du fascisme :

1°) La montée du fascisme fut l'expression de la grave crise structurelle et sociale du capitalisme qui, dans les années 1929-1933, coïncida avec une crise économique classique de surproduction. Il s'agissait fondamentalement d'une crise de reproduction du capital, c'est-à-dire de l'impossibilité de poursuivre une accumulation «normale» du capital, étant donnée la concurrence au niveau du marché mondial (niveau existant des salaires réels et de la productivité du travail, accès aux matières premières et aux débouchés). La fonction historique de la prise du pouvoir par les fascistes a consisté à modifier par la force et la violence les conditions de reproduction du capital en faveur du grand capital.
En sommes-nous là ? En partie, la crise, elle, est là et se développe inéluctablement en Europe, Grèce, Espagne, Italie, Portugal… Oui, la tourmente est proche. Mais il n’y a pas de mouvements de masse fascistes. Il y a quelques prémices de petits groupes, groupuscules, ou partis d’extrême droite actifs. C’est alertant, inquiétant. Mais le grand capital, les oligarchies, les néolibéraux, Merkel et Cie n’ont pas encore choisi de recourir au fascisme pour écraser le salariat ! Cela peut arriver. Mais pour l’heure, elles ne se servent de la montée de l’extrême droite qu’à la marge, comme aiguillons, voire comme alliés potentiels. De Hongrie en Grèce. Mais pas encore comme recours, encore moins comme fer de lance. Elles font le sale boulot elles-mêmes comme Sarkozy le fit durant 5 ans.

2) Dans les conditions actuelles, la domination de l’oligarchie s'exerce le plus avantageusement - c'est-à-dire avec les coûts les plus réduits - au moyen d’une démocratie limitée, biaisée, comme dans la Ve république… Ce n’est certes pas le seul mode de domination possible surtout dans un équilibre très instable des rapports de forces économiques et sociaux. Que la gauche gagne et pousse ses exigences, et une autre issue peut s’imposer alors à l’oligarchie : essayer, au prix du renoncement à l'exercice direct du pouvoir politique, les fascistes. Sachant qu’historiquement, le fascisme a été à la fois la réalisation et la négation du pouvoir des oligarques en «organisant» de façon «totalitaire» la vie de toute la société pour le compte du grand capital : réalisation, parce que le fascisme a en fin de compte rempli cette fonction ; négation, parce qu’il ne pouvait remplir cette fonction que par une expropriation politique de l’oligarchie.
En sommes-nous là ? Non. L’UMP hésite à s’allier ouvertement avec le FN même si elle multiplie les passerelles et choisira sans doute cette solution demain. 70 % des UMP et 70 % des FN sont déjà favorables à cette alliance. Mais au vu des rapports de forces sociaux actuels pareille alliance imiterait l’accord Berlusconi-Fini, un cadavre oligarque nuisible, puant mais décomposé, plutôt que d’initier un débordement de puissantes hordes fascistes de masse.


3) La caractéristique principale du fascisme des années trente a été une destruction de la plus grande partie des conquêtes du salariat ce qui était pratiquement irréalisable par des moyens purement techniques, étant donné l'énorme disproportion numérique entre les salariés et les détenteurs du grand capital.
L’État fort même répressif et policier renforcé comme la Ve République peut faire du thatchérisme, du reaganisme, mais ne dispose visiblement pas de moyens suffisants pour atomiser et démoraliser, durant une longue période, un salariat conscient, 93 % de la population active.
Le « vrai » fascisme avait réussi, il y a 80 ans, à mobiliser un mouvement de masse assez ample pour attaquer physiquement la frange la plus consciente du salariat par une terreur de masse systématique, par une guerre de harcèlement et des combats de rue, détruisant ses organisations de masse.
Ce fascisme-là n’a rien à voir avec le groupusculaire FN que nous connaissons, même avec 18 % de voix. Ce fut un mouvement de masse puissant qui, par des méthodes manipulant la psychologie des masses, est arrivé à entraîner la petite bourgeoisie et la partie la moins consciente des salariés dans une collaboration de classes effective, à une chasse contre leurs frères sociaux. Ce fut un appareil gigantesque de gardiens d'immeubles, de policiers, de cellules nazies dans les entreprises et de simples mouchards, qui soumettait les salariés à une surveillance terroriste permanente
En sommes nous là ? Absolument pas. Dés qu’il y a un mouvement de masse ces 20 dernières années, le FN disparaît à la trappe. Que ce soit en 1995, en 2003, en 2006, en 2010 des millions de manifestants ont défilé tandis que les troupes fascisantes se terraient. Même les 1er mai, les milliers de déclassés, vieilles badernes et suivistes qui viennent devant Jeanne d’Arc écouter les Le Pen n’ont rien à voir avec le fascisme des années trente. Ni avec les 600 000 manifestants en uniforme qui suivaient alors les Ligues en France.
Ni l’UMP ni le FN n’ont la force de réaliser actuellement le début du commencement d’une pareille mobilisation de masse. Que les Le Pen soient des fascistes, que les sarkozystes flirtent avec leurs idées, c’est dangereux, inquiétant, mais il n’y a pas les prémices d’un mouvement fasciste à ce jour ! 80 % des salariés votent pour leurs syndicats aux élections professionnelles et la France est de gauche majoritairement.

4) Un tel mouvement de masse fasciste n’a pu surgir dans les années 30, qu'appuyé sur la 3e classe de la société, la petite bourgeoisie, qui, existait entre le salariat et de l’oligarchie, le tout rendu victorieux par l’appui à un moment donné du grand capital. Ce mouvement, qui se recrutait essentiellement parmi les éléments déclassés de la petite bourgeoisie, a eu recours à des violences physiques ouvertes contre les salariés, leurs actions et leurs organisations. Ce mouvement fasciste, après une phase de développement indépendant, lui permettant de devenir un mouvement de masse et d'engager des actions de masse, a besoin du soutien financier et politique de fractions importantes du capital, pour se hisser au pouvoir : sans Krupp il n’y aurait pas eu Hitler. Sans les grands propriétaires fonciers italiens, il n’y aurait pas eu la marche sur Rome de Mussolini.
En sommes-nous là ? Même Laurence Parisot déclare ne pas souhaiter que Le Pen dirige et elle affirme qu’il faut laisser venir des immigrés pour travailler en France, dans les métiers en tension, car ça aide, comme en Allemagne à faire pression sur les salaires. Et surtout il n’existe plus de « petite bourgeoisie » : les non-salariés qui faisaient 45 % des actifs en 1945, n’en font plus que 7 %. 60 % du salariat vote à gauche, 15 % s’abstient et seulement 25 % vote UMP/FN. Même Sarkozy essayant avec le maximum de moyens financiers et logistiques de mobiliser le « vrai » travail le 1er mai 2012 au Trocadéro ramène 20 000 personnes, Le Pen 10 000 à l’Opéra, et les syndicats 800 000 dans tout le pays.

5) La décimation et l'écrasement du salariat par le fascisme n’est possible que si, dans la période précédant leur prise du pouvoir, le plateau de la balance penche de façon décisive en faveur des bandes fascistes et en défaveur des syndicats. Nous vivons l’inverse en France.
La montée d'un mouvement fasciste de masse est en quelque sorte une institutionnalisation de la guerre civile, où les deux parties ont objectivement encore une chance de l'emporter (c'est la raison pour laquelle l’oligarchie ne soutient et ne finance de telles expériences que dans des conditions tout à fait particulières, "anormales", car cette politique de quitte ou double présente indéniablement un risque au départ). Si les fascistes réussissent à balayer l'ennemi, c'est-à-dire le salariat organisé, à le paralyser, à le décourager et à le démoraliser, la victoire leur est assurée. Si, par contre, le salariat réussit à repousser l'assaut et à prendre lui-même l'initiative, il inflige une défaite décisive non seulement au fascisme mais aussi au capitalisme qui l'a engendré. Cela tient à des raisons technico-politiques, socio-politiques et socio-psychologiques complexes en chaque période historique. C'est ce qui permet de dire que la victoire du fascisme traduit l'incapacité du mouvement social à résoudre la crise du capitalisme conformément à ses propres intérêts et objectifs. Si le salariat ne bat pas la droite et que celle-ci continue à faire des ravages, en effet, l’ennemi principal suivant, la crise s’aggravant, peut-être le fascisme et en ce cas, les Krupp d’hier et le CAC 40 d’aujourd’hui n’hésiteront pas à le soutenir.
En sommes nous là ? Au contraire, nous venons de battre les sarkozystes, l’UMP et le FN additionnés. En France, cela fait 17 ans que ça monte à gauche dans les luttes, avec rien, en face, du côté fascisant. Nous avons gagné en 1995-1997. Nous avions la majorité absolue en voix le 21 avril 2002 quand nous avons perdu, les luttes de 2003 ont été exceptionnelles, en 2004 la gauche a gagné 20 régions sur 22, en 2006, le CPE fut un élan inouï, en 2007 nous avions tout pour gagner, ce fut une défaite due à la gauche, pas à la puissance de la droite. Sarkozy, excepté 2007, a perdu toutes les élections et il était minoritaire dès 2008.
En fait, de telles grandes crises comme celle qui a commencé en 1929 où celle ouverte en 2008 ne font, en général, que donner au mouvement social une chance de s'imposer.
Nous l’avons ! Unissons-nous ! Ne nous trompons pas de moment ! Agissons ensemble MAINTENANT au lieu de nous placer sur la défensive ou en embuscade, fantasmant par imaginaire ou anticipation, sur le fascisme qui deviendrait l’ennemi principal ! En fait ce n'est que lorsque le salariat aura laissé échapper cette chance et que la classe est divisée et démoralisée, séduite, que le conflit peut conduire au triomphe du fascisme.

6) On peut aussi ne pas avoir de fascisme du tout, mais la continuation d’un néolibéralisme féroce dans toute l’Europe. Lorsque le fascisme et ses bandes ne s’avèrent pas nécessaires ou n'ont pas réussi à « écraser le mouvement ouvrier sous leurs coups de boutoir », ils sont « finis » aux yeux des représentants de l’oligarchie. Leurs partis de se bureaucratisent et se fondent dans l'appareil d'État, comme en Italie, entre Fini et Berlusconi. Ca peut arriver dans les mêmes conditions au parti des Le Pen. Ou en Hongrie. Ou avec les « tea party » aux USA. Ce qui n'est nullement en contradiction avec la perpétuation d'un appareil d'État hautement centralisé. Si le mouvement ouvrier est défait sans être écrasé et si les conditions de reproduction du capital à l'intérieur du pays se re-modifient dans un sens fondamentalement favorable à l’oligarchie, il n’y a pas « besoin » de fascisme. La politique de quitte ou double du fascisme est reportée au niveau de la sphère financière, attise spéculation, inflation permanente, et, finalement, cherchera une autre issue qui peut être l'aventure militaire à l'extérieur. Thatcher l’avait cherché aux Malvinas. Sarkozy l’a cherché partout en Afrique, en Afghanistan et en Libye et l’aurait cherché en Iran. C'est alors que se révèle le caractère de classe dominant du fascisme, qui ne correspond pas à sa base de masse. Il ne défend non pas les intérêts historiques de la « petite bourgeoisie », ou des « gens en colère » « qui souffrent » mais ceux de l’oligarchie capitaliste. Dans ce cas, la base de masse active du fascisme se rétrécit nécessairement comme le National Front face à Thatcher. Les chefs fascistes tendent eux-mêmes à détruire et à réduire leur base de masse et leurs bandes deviennent des appendices de la police.
Mais nous n’en sommes toujours pas là du tout. La politique ne se fait pas d’après des pronostics. Elle se fait en temps réel. Pas selon des schémas passés. Elle nécessite des choix adaptés au jour le jour, et non pas basés sur l’anticipation en fonction d’analogies aléatoires.

La « théorie du fascisme » tentée à travers ces six points ci dessus n’est pas d’appréhender cette menace « par le bas » comme un fléau qui viendrait du « mauvais esprit » ou de la force obscure » des masses elles-mêmes et qu’il faudrait aller combattre en premier chef sur le terrain en « face à face » privé entre révolutionnaires éclairés et bandes arriérés. Non, elle est de démontrer comment crise, faiblesse et division du mouvement social de gauche peuvent être utilisées, manipulées et promues par l’oligarchie pour défendre de façon ultime ses intérêts fondamentaux. Se tromper d’adversaire et aller défier à contre temps, en priorité une menace fasciste encore à peine naissante au lieu de l‘oligarchie dont elle dépend, c‘est de mauvaise politique : car on détourne de l’essentiel, on attribue aux sous-valets FN la responsabilité de leur maître UMP et au lieu d’assécher leur base, on la conforte dans un duel nourrissant. Il faut au contraire choisir le front unique, unifier toute la gauche, la dynamiser ainsi, combattre le grand capital, l’oligarchie, obtenir des victoires concrètes qui changeront la vie de ceux, désespérés ou en colère, excédés primaires et jusqu’au-boutistes, qui auraient pu se laisser entraîner par la polarisation UMP/FN.

« Tous les fâchés ne sont pas fachos » dit fort bien Jean-Luc Mélenchon. Alors prenons garde à toute manœuvre qui pourrait souder « fâchés » et « fachos » pour le compte des « fâcheux » de l’UMP et de l’oligarchie. Visons les fâcheux, attirons ainsi les fâchés, isolons les fachos ce qui veut dire ne pas en faire notre cible centrale. Pour reconquérir les fâchés, il faut force et attraction de l’unité de toute la gauche et changer concrètement leur vie en faisant reculer chômage, et misère, en haussant salaires et emplois. Aucun bras de fer privé ne peut remplacer cette grande mobilisation unitaire publique.

Maintenant qu’on ne s’y trompe pas : Jean-Luc Mélenchon a choisi pour des raisons qui lui sont propres et en désaccord avec les présentes analyses de se présenter à Hénin-Beaumont contre Marine Le Pen. Une fois ce choix fait et quoiqu’on en pense sur le fond, il doit gagner, c’est de l’intérêt de toute la gauche, même de celle qu’il a ainsi placé au pied du mur.
Autant il n’y avait pas de raison de retirer un candidat socialiste face à l’homme de droite Bayrou, autant il est souhaitable qu’aucun socialiste n’empêche la défaite de Le Pen et vu la configuration particulière de la circonscription, il est nécessaire que Mélenchon soit investi comme le seul candidat de toute la gauche assurant sa victoire et la notre.
http://www.marianne2.fr/gerardfiloche/Le-CAC-40-l-UMP-et-ses-sous-valets-le…


Je ferais remarquer au grand analyste Filoche que :
- en 1929-1939, ce n'est pas la France qui a désinguer l'Europe, puisque le Front populaire a contré pendant un temps la synarchie et la cagoule,
- mais que c'est l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Portugal (...) qui ont fait basculer l'Europe vers le fascisme.

La France a pourtant sa part : l'or de l'Espagne, la synarchie française, etc...

En d'autre terme, ce qui est à surveiller, c'est le fascisme en Europe, et pas que le fascisme français. Un exemple :

L’élection surprise du nationaliste Tomislav Nikolic au second tour de la présidentielle serbe le 20 mai, contre le libéral pro-européen Boris Tadic, menace-t-elle le scénario d’une intégration paisible de la Serbie dans l’Union européenne ?
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MessagePosté le: 10/07/2012, 17:17    Sujet du message: [Crises 1929/2008] Similitudes... Répondre en citant

Citation:
Annie Lacroix-Riz : complot et stratégie du choc

A la lumière d'une conférence de l'historienne Annie Lacroix-Riz à Metz, notre blogueur associé SuperNo revient sur la stratégie du choc, les théories du complot et la récurrence de certains événements historiques.

J'ai assisté vendredi dernier à la conférence que donnait à Metz Annie Lacroix-Riz à l’invitation de la dynamique équipe d’ATTAC Moselle. Précisons, qu’elle est venue gracieusement, ce qui n’est pas le cas, par exemple, de certain judoka inculte reconverti en politicien quand il devait inaugurer un gymnase. Elle est historienne (professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris VII - Diderot ), et spécialiste en particulier de la période de l’entre-deux guerres. En gros, ça fait 40 ans qu’elle étudie cette période, nez dans les archives. Elle est proche du Parti communiste, et ne s’en cache pas.

Evacuons immédiatement un petit détail. Annie-Lacroix-Riz, comme d’autres (Etienne Chouard, par exemple), est dans le viseur des anti-conspi. On lui reproche d’avoir participé il y a quelques années à une conférence à laquelle participait aussi le conspirationniste Meyssan. Il faut dire que la thèse de son dernier livre Le Choix de la défaite, est un peu difficile à avaler : elle affirme, archives à l’appui, que la défaite militaire de la France en mai 1940 n’est pas une simple défaite militaire, qui serait due, comme le prétend l’histoire officielle, à l’incompétence de nos stratèges, l’insuffisance de notre armement, la couardise de nos soldats… Mais que, bien au contraire, cette défaite serait le résultat logique et attendu d’une stratégie savamment mise en place pendant près de 20 ans. Un complot, pour parler clair. Et que ce complot aurait été ourdi par une organisation secrète baptisée «la synarchie», composée de représentants de l’élite auto-proclamée de l’époque, banksters, grands patrons (Comité des Houillères, Comité des Forges), technocrates, sans oublier les corrompus de syndicalistes ou de journalistes. Que cette synarchie et ses choix ont permis aux sociétés qui étaient derrière de prospérer plus que jamais au cours de la guerre.

Je ne suis pas apte à évaluer péremptoirement la pertinence ou la véracité absolue de cette théorie. L’histoire, c’est un métier, et ce n’est pas le mien, quel que soit l’intérêt qu’il suscite chez moi. Néanmoins, non seulement la thèse est plausible, mais de nombreux exemples postérieurs à 1940 sont là pour prouver que c’est au moins envisageable.

Soyez rassurés (ou déçus, c’est au choix), je ne vais pas me contenter de paraphraser Annie Lacroix-Riz, dont vous pourrez d’ailleurs facilement trouver sur Internet des vidéos de ses conférences.

la stratégie du choc comme propagande

Le thème de la conférence était «La stratégie du choc». Référence au désormais célèbre livre éponyme de la journaliste et militante altermondialiste canadienne Naomi Klein, qui explique comment le pouvoir (politique, patronal ou financier, la plupart du temps alliés) profite du choc émotionnel provoqué par un événement de grande ampleur (guerre, attentat, catastrophe naturelle, crise économique) qui plonge les victimes dans un état d’hébétude et de résignation pour faire passer des mesures qui en temps normal auraient suscité une grande indignation. Un exemple parmi cent, mais des plus didactiques : après la dévastation de la Nouvelle Orléans par l’ouragan Katrina, on a dû reconstruire toutes les écoles qui avaient été détruites. À une différence près : avant, certaines de ces écoles étaient publiques, mais après la reconstruction, elles étaient privées !

Autre exemple : après les attentats du 11 septembre (dont les conspirationnistes affirment qu’ils ont été provoqués, ce que je me garderai bien d’accréditer), il a été considérablement plus facile aux faucons, aux pétroliers et aux marchands de canon de faire avaler l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak… Cette stratégie du choc est une forme de propagande désormais systématique. Elle a été utilisée dans les années 1930, elle est encore et plus que jamais douloureusement d’actualité aujourd’hui. Ceci nous ramène à la conférence d’Annie Lacroix-Riz, dont je ne vais donc pas faire de compte-rendu en bonnet difforme, mais dont je vais plutôt utiliser les précieuses informations pour faire un parallèle troublant avec la triste situation actuelle.

Je sais, l’exercice est périlleux. Le monde de 2012 n’a plus grand chose à voir avec celui de 1930. Les biens matériels étaient bien plus rares, et donc plus précieux. Personne ou presque n’avait de bagnole. Personne ne prenait l’avion pour aller où il voulait sur un coup de tête après avoir acheté des billets “lastminute” sur Internet. Il n’y avait pas de télé, pas de téléphone, pas d’ordinateur, pas d’internet, pas d’hypermarchés, pas de carte bancaire. Souvent pas d’électricité, pas d’eau courante. Les femmes ne travaillaient pas, ne votaient pas. Beaucoup d’hommes travaillaient dans les champs, et rêvaient d’aller à l’usine.

Pour le reste ? C’était nettement plus ressemblant ! La République n’était encore qu’à sa IIIe édition, mais ceux qui exerçaient le pouvoir au nom du peuple étaient des notables affublés des mêmes défauts que leurs contemporains. Après tout, Félix Faure était un prédécesseur valable de DSK, il y eut des banksters (Oustric), des Madoff (Stavisky)...

crises en banksters à travers l'histoire


Digressons un peu. Ça vous mettra dans l’ambiance, car Annie Lacroix-Riz digresse beaucoup. Cela peut rendre la conférence parfois difficile à suivre, sauf à avoir une culture historique peu commune.

Un des nombreux scandales de l’épouvantable quinquennat Sarkozy fut la suppression de l’enseignement de l’histoire dans les terminales scientifiques. Décision parfaitement débile et scandaleuse, bien dans la veine sarkozyste. Et bien dans l’air du temps, quand il ne s’agit plus d’instruire, mais de formater des escadrons de petits valets aux stricts besoins des entreprises. On formera ainsi des gens aussi déprimants que des informaticiens, comptables, techniciens, commerciaux, totalement incultes et inintéressants, mais efficaces. À ce compte-là, à quoi bon leur enseigner l’histoire ? Ça ne sert à rien, l’histoire. Ça me rappelle le discours de mon capitaine quand j’étais bidasse : «commencer à réfléchir, c’est déjà désobéir».

La thèse d’Annie Lacroix-Riz remet en cause l’histoire officielle. Ce n’est pas très étonnant, tant celle-ci peut être truffée de bobards ou de vérités idéologiques. Je me souviens d’avoir lu le passionnant ouvrage d'Howard Zinn Une histoire populaire des États Unis de 1492 à nos jours, qui oppose à l’histoire officielle, celle qui célèbre des héros comme Christophe Colomb, Rockefeller ou… George Bush, la Vraie histoire, celle des Indiens génocidés, des esclaves dans les champs de coton, des ouvrières du textile, des soldats du Vietnam… En France, on pourra lire un petit ouvrage très amusant et sans prétention : Nos ancêtres les gaulois et autres fadaises par François Reynaert qui démonte des idées reçues aussi répandues et toujours d’actualité comme la revendication des «origines chrétiennes de la France».

La ligne de conduite des comploteurs pointés par Annie Lacroix-Riz, c’est la volonté d’un groupe d’oligarques (les synarques, donc), à la sortie de la première guerre mondiale, d’augmenter leurs profits. Même si c’est trivial, l’histoire nous apprend que la cupidité n’est pas subitement née au cours de la période qui a précédé la crise des subprimes dans les années 2000.

Les comploteurs avaient déjà compris une chose : pour maximiser les profits, il faut avoir les mains libres, et écarter tout ce qui peut gêner : la démocratie, les impôts, l’État providence, les prestations sociales, les syndicats… Cela n’a guère changé. D’ailleurs la gauche non communiste de l’époque, qui soutient ces saloperies, s’auto-intitule déjà Gauche moderne : sans commentaire.


Dès la fin de la première guerre mondiale, les synarques observent d’un air très intéressé la montée du fascisme en Italie. Ils trouvent que le régime mis en place par Mussolini à partir de 1922 est très favorable aux affaires… En plus d’être un bon moyen de lutter contre le communisme, cet ennemi absolu… Le spectre du bolchevique d’octobre 1917, le couteau entre les dents, est le cauchemar qui hante tout capitaliste. On se rappellera que 50 ans plus tard, les néolibéraux ont utilisé le Chili de Pinochet comme laboratoire de leur idéologie, avant de l’étendre au monde entier. Et aux anti-conspirationnistes, Annie Lacroix-Riz rappelle qu’Allende n’est pas tombé volontairement du balcon du palais de la Moneda, et que la présence de Pinochet sur les lieux n’était pas le simple fait du hasard.

On s’aperçoit aussi que la nuisible omniprésence des banksters, et leur collusion avec le milieu politique, était la même en 1930 que maintenant. Parmi les synarques les plus importants, il y avait les représentants de la banque Worms, de la Banque Lehideux (oui oui, de la famille de l’ex-responsable FHaine), et de la banque d’Indochine. Les moyens de pression des banksters étaient aussi curieusement similaires. Alors aux commandes de la Banque de France, les banquiers privés utilisaient l’endettement de l’État Français pour faire du chantage sur les politiques publiques et exiger, en échange de la poursuite de leur financement, des réformes. D’ailleurs, Léon Blum, le héros du Front Populaire, était en fait un socialiste tiédasse, plus Ayrault que Laguiller, et partisan lui aussi de la réforme de l’État. Il n’a consenti aux avances sociales du Front populaire que sous la pression de la rue.

En 1924, le ministre des finances d’Edouard Herriot s’appelle Etienne Clémentel. Devant les difficultés financières de l’État, il demande une avance aux gredins de la Banque de France. Qui la lui accordent en échange de la promesse d’une «politique d’assainissement financier». Annie Lacroix-Riz souligne que le gouvernement a souvent été de gauche entre les deux guerres ; Ah oui, Clémentel est l’un des fondateurs de la CGPF (Confédération Générale de la Production Française) qui deviendra en 1946 le CNPF, et en 1998 le MEDEF. Herriot lui-même disait «On ne peut rien faire contre les banquiers». Surtout si on ne veut rien faire… Pour mesurer la puissance des banksters, sachez que Hitler n’avait payé que 13% des réparations auxquelles les alliés avaient condamné l’Allemagne en 1918, mais avait réglé rubis sur l’ongle l’intégralité de sa dette privée auprès des banksters.

Inutile de rappeler que notre époque n’a pas non plus inventé les crises. Il y en eut une en 1873 (de la spéculation immobilière, déjà). Celle de 1929 fut tout de même un modèle du genre. La cause en est une bulle, comme celle de l’internet ou de l’immobilier. Les spéculateurs, aveuglés par leur cupidité, ont provoqué une chute de la bourse, qui s’est répercutée dans la “vraie vie” au cours des années suivantes, avec son cortège de chômage, de faillites et de misère. Et en 1931, c’est encore une crise de la dette, cette fois en Allemagne. Les salaires baissent alors de 15%.

Il faut dire aussi que l’immigration, suscitée par le patronat, et mettant les salariés en concurrence, y a bien contribué. On notera que dans les années 1960, le gouvernement Français (de droite), sur pression des patrons de l’industrie automobile, fait venir des immigrés d’Afrique du Nord.

Cinquante ans plus tard, leurs successeurs à l’UMP ou à la droite populaire fustigent les conséquences néfastes de cette immigration, conchient les Arabes, l’Islam… qui ne sont que la conséquence logique et courue d’avance, qu’ils avaient d’ailleurs anticipée. Mais puisque le patronat le voulait.

Après la crise des subprimes de 2008 où les banques ont perdu des fortunes par leur incompétence et leur inconséquence, on a saturé l’espace médiatique sur l’air de «il faut sauver les banques», «si on ne sauve pas les banques, on coule avec elles…». Alors qu’il fallait les laisser crever et reconstruire sur les cendres un pôle bancaire public. Il paraît qu’en France on s’en est plutôt bien sorti. Mais l’État Américain y a laissé près de 15000 milliards (15 suivi de 12 zéros) de dollars. 50 000 dollars par américain… Quelques années plus tard, il faut recommencer. En Grèce, en Espagne, et bientôt partout ailleurs, de nouvelles banques flageolent. Rien qu’en Espagne le mois dernier, il a fallu trouver en urgence 100 milliards. Qui s’ajoutent à la dette. Et certains disent qu’il en faudra au moins 500.

En 1935, les banksters français se plantent en spéculant. Les pertes sont lourdes. Que croyez-vous qu’il arriva ? Le président du conseil, un certain Flandin, le Ayrault d’alors, décide de faire garantir par l’État les pertes de ces banksters. La soumission à ces escrocs est donc une constante.

échec de l'UE et austérité française


Théorie du complot ou pas, on peut se demander comment, maintenant ou il y a 80 ans, des gens, de droite comme de gauche, élus par nous, pour nous représenter ou agir en notre nom, peuvent ainsi se comporter avec une parfaite constance comme des traîtres et des vendus, et mener des politiques aussi ouvertement contraires à nos intérêts.

La construction européenne est un naufrage, un ratage total. Vendue aux bisounours comme porteuse d’idéaux ethérés, on a rapidement vu qu’il ne s’agissait bien plus trivialement que de libéraliser tous les secteurs de l’économie, mettre tous les salariés en compétition, permettre la délocalisation des usines là où les profits sont plus grands, entériner la domination de la finance et le recul de la démocratie, cette empêcheuse de faire des affaires en rond. On le constate tous les jours, et on n’a pas encore tout vu.

Prenez le programme économique de Milton Friedman, article 1, page 1, tout est là. On devrait donc en tirer les conséquences, tout arrêter, tout abroger, et repartir sur de nouvelles bases, prenant en compte le ratage initial.

Au lieu de ça, on s’enfonce : si l’Europe a échoué, alors il faut plus d’Europe ! Et d’évoquer le fédéralisme comme solution à tous nos problèmes ! La construction européenne a déjà provoqué un recul grave de la démocratie. Le parlement n’a aucun pouvoir ou si peu. Les décisions sont prises par des personnes ou des organisations non élues, comme la commission, la BCE, ou encore l‘Eurogroupe. En tout cas des gens qui ne nous représentent pas, et dont les intérêts sont manifestement opposés aux nôtres.
Il est temps ici de parler de notre nouveau pouvoir socialiste. N’oubliez pas le lien historique : ces gens-là ont été élus pour tirer la France de la crise. Mais en réalité, ils ne vont défendre que les intérêts des banksters en nous enfonçant encore davantage.

Notre premier ministre, au style tellement suranné qu’il n’aurait assurément pas déparé sous la IIIe République, a prononcé mardi son discours de politique générale. Tous les journalistes sans exception ont noté qu’il avait été chiant. C’est en effet un truisme, Ayrault est chiant. Mais c’est bien là son moindre défaut.

Les plus pertinents de ces journalistes ont aussi noté son hypocrisie de ne pas vouloir nommer ce qu’il nous propose ‎(rigueur, austérité). Par contre, je n’ai entendu personne (sauf à la marge quelques UMP aigris qui ont noté que le projet socialiste n’avait rien à voir avec l’espoir suscité) crier à la honte et à la trahison. Au contraire, les radios et les télés ont immédiatement été pris d’assaut par ces épouvantables économistes qui ont rivalisé de persuasion pour expliquer qu'il va falloir en passer par là, pas moyen de faire autrement. Relayées en boucle par les poupées Barbie des chaînes d’info en continu, et par les éditorialistes vendus des hebdomadaires, ces torche-cul métastasés par des tonnes de pub.

Je ne sais pas s’ils avaient des économistes ultramédiatisés dans les années 30. Mais on oublie de préciser que ces gens-là ont tous (sauf très rares exceptions) des accointances coupables avec le système bancaire et financier et que leur cerveau, comme leur portefeuille, est incapable de s’extraire du carcan idéologique ultralibéral, selon lequel toute réduction du rôle de l’État est bonne pour l’économie, toute baisse de charges est bonne pour les entreprises, et tout ce qui est bon pour les entreprises est bon pour vous et moi.

Les synarques avaient quant à eux recruté des journalistes et des publicitaires, pour expliquer que «les profits doivent être élevés pour créer les emplois de demain». On croirait du Xavier Bertrand. Ou du Pierre Moscovici… Hollande et Ayrault, comme je l’avais annoncé, sont venus spontanément, sans qu’on les y force, placer leur tête (et la nôtre) dans ce carcan, en acceptant de continuer et d’accentuer les paiements de cette prétendue dette aux banksters. En échange de cette foutaise de «pacte de croissance».

A l’échelle d’un continent, les 120 milliards de ce pacte ne représentent rien : ils n’auront aucun effet immédiat. Et même s’ils étaient affectés à des projets d’investissement intelligents (genre remplacer les bagnoles par des transports en commun et des vélos), ce qui ne sera évidemment pas le cas, puisque corruption et clientélisme seront comme d’habitude les principaux critères de sélection, le retour sur investissement serait très partiel et différé. Alors que l’accroissement de la dette, lui, est immédiat. Tout comme le seront les intérêts supplémentaires que les États devront payer.

Ayrault a même parlé d’une dette de 1800 milliards, alors qu’on parlait plutôt de 1700, jusqu’ici. Il anticipe de quelques mois, sans doute. Car à 5% de déficit par an, la dette augmente de 100 milliards. A 3%, c’est encore 60 milliards. Et puisque l’objectif (intenable) est de revenir à zéro en… 2017, la dette aura alors dépassé les 2000 milliards. Sur lesquels il faudra continuer à payer 40, 50, 60 milliards d’intérêts, voire plus, tous les ans, puisque les banksters fixent les taux selon leur bon vouloir. Hollande, Ayrault et l’Assemblée Nationale vont maintenant voter le resserrage du carcan, à l’aide du fameux pacte Merkozy, qui confie à autrui la gestion de nos finances, et nous interdit tout déficit. La seule perspective, c’est baisse du nombre de fonctionnaires, réduction des services publics à la portion congrue, baisse des prestations sociales et hausse des impôts. Pour les riches, dit Ayrault.

Où est la démocratie ?

On a déjà une idée assez précise de ce que vont être ces prochaines années. Tous les jours, de nouveaux licenciements massifs (déjà planifiés, dont l’annonce avait été retardée par l’UMP pour raison électorale) sont annoncés. Le gadget marketing Montebourg, qui faisait encore illusion en allant secourir une PME, va vite être submergés par les annonces des charrettes de grosses entreprises comme PSA.

Bien sûr, il y a l’Assemblée nationale… Dans les années 1930, l’Assemblée nationale avait encore le pouvoir de voter des dépenses. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ce qui fait dire à Annie Lacroix-Riz que «L’Assemblée nationale ne sert à rien». Sinon à faire vivre grassement 577 personnes et leur entourage. Le Sénat, lui, a toujours été aux ordres du pouvoir. Une cooptation de notables, où la franc-maçonnerie joue un grand rôle. Toujours selon Annie Lacroix-Riz, pour être sénateur en Lorraine dans les années 1930, il fallait avoir l’aval de la famille De Wendel. Sacré contre-pouvoir !

En 2005, le peuple français, auquel on avait eu l’imprudence de demander son avis, avait dit non à la poursuite de cette folle politique européenne. Malgré un matraquage éhonté et insensé sur toutes les ondes, dans tous les journaux, de tout ce que la France compte d’économistes cyniques, de politiciens incompétents, de syndicalistes corrompus, ou de journalistes complices. Ceux-là même qui vont chipoter du groin tous les mois au Crillon lors des dîners du Siècle.

Depuis 1983, date du renoncement définitif à toute vraie politique de Gauche, on estime que 10% de la richesse produite chaque année en France a glissé des salariés vers les actionnaires. Ce qui représente un vol de 200 milliards d’euros par an. Ce sont ces milliards qui manquent pour payer les retraites, la sécu, le chômage… Et qui ne reviendront jamais, puisque désormais le pacte Merkozy va nous obliger à amplifier encore le phénomène pour interdire tout et figer le hold up. Ces gens se sont assis sur la démocratie. Sarkozy a contourné le vote populaire. Les socialistes ont été complices de cet attentat, leur abstention hypocrite ayant permis son accomplissement.

Aujourd’hui, il faudrait se lever contre les banksters. Leur dire merde. Leur expliquer que leur dette, ils peuvent se la foutre au cul. Euh, pardon, j’exprime un peu trop crûment le fond de ma pensée. On peu aussi être poli et diplomate. Je recommence. On pourrait donc leur expliquer qu’on va revenir à la situation qui prévalait avant ce funeste jour de janvier 1973, c’est à dire que l’État n’empruntera plus qu’à la Banque de France et à prix d’ami. Et qu’on va réaliser un audit de cette fameuse dette de 1800 milliards, qui vraisemblablement ne sont que des intérêts indus, conséquence de ce racket initié en 1973.

Une fois déchargés de ce fardeau, nous pourrons rétablir le bon fonctionnement des services publics, et rééquilibrer le partage des richesses, indispensable puisque celles-ci ne pourront aller qu’en diminuant, faute d’énergie et de ressources naturelles.

la crise fait avaler les potions
Voilà, il est temps de conclure. Revenons sur la théorie du complot. Pour moi elle n’existe pas de manière très nette. Je ne vois pas comment des gens auraient pu, dès 1922, prévoir qu’il y aurait une guerre avec l’Allemagne en 1939. Ils ont simplement défendu leurs intérêts, s’adaptant en changeant de tactique aux gré des événements dans le mépris le plus total de l’intérêt commun, comme l’ont toujours fait les grands patrons, les banksters, et leurs instruments politiques, médiatiques et syndicaux. Plutôt Hitler que le Front populaire, tout simplement parce que c’était meilleur pour les affaires.

Le parallèle avec notre actualité est flagrant. Je ne crois pas davantage que la situation actuelle relève stricto sensu d’un complot. Plutôt d’une convergence d’intérêts bien compris. Leur synarchie est devenue notre oligarchie. Pourquoi Hollande ou Ayrault, qui rêvent sans doute depuis l’enfance des plus hautes fonctions politiques, iraient-ils changer quoi que ce soit à un système qui leur a tant donné ? Le même raisonnement vaut pour ces médiacrates pleins aux as, dont les supérieurs sont en outre patrons ou banksters… Les dîners du Siècle ne peuvent pas être assimilés à un complot : ce sont de grandes sauteries où les plus puissants paradent, et où les valets se remplissent de la fierté de côtoyer ces puissants qui pourront sans doute le moment venu donner un coup de pouce à leur carrière, ou faire avancer leur légion d’honneur. Plutôt l’Europe néolibérale que l’intérêt de cette valetaille de chômeurs et de précaires qui n’ont rien à apporter sinon des emmerdements, et que les potes des médias savent de toute façon très bien rabattre vers vous dès qu’il en est besoin.

Reste le point commun qui est la crise. Il y a toujours une crise de ceci ou de cela. Et dans tous les cas, elle est bien pratique pour faire avaler les pires potions, comme celle que notre gouvernement socialiste est en train de touiller. L’argumentaire est déjà au point : on n’a pas le choix.
http://www.marianne2.fr/Annie-Lacroix-Riz-complot-et-strategie-du-choc_a220…

_________________
Etape n°1 : Les africains nomment le pétrole : la "merde" du diable.
Etape n°2 : Restons cool, le PO arrive...
Etape n°3 : "Mais à cet endroit, en ce moment, l'humanité, c'est nous, que cela nous plaise ou non", Samuel Beckett
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 09:23    Sujet du message: [Crises 1929/2008] Similitudes...

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