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L'agriculture et le capitalisme
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Ramite
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MessagePosté le: 20/10/2012, 06:08    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Un terre à terre consacré au fonctionnement capitaliste dans l'agriculture d'aujourd'hui, subventions, immigration, travail clandestin, chimie, tout y est. A écouter absolument !

http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-l-industrialisation-de-l…

Par Jean-Pierre Berlan, agronome et économiste.
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MessagePosté le: 20/10/2012, 06:08    Sujet du message: Publicité

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Alter Egaux
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MessagePosté le: 26/10/2012, 05:53    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Ramite a écrit:
Par Jean-Pierre Berlan, agronome et économiste.

Les MP3 de Terre à Terre sont ici.

Jean-Pierre Berlan cite Eric Hobsbawm, historien expliquant que le fait majeur du XXeme siècle est la destruction de la paysannerie entreprise par le capitalisme.
D. Mermet a fait plusieurs émissions récentes sur Eric Hobsbawm, mort le 1er octobre 2012, toutes aussi intéressantes que celle citée par Ramite. Accessibles via cette recherche (Eric Hobsbawm, un "franc-tireur" 1/2 et 2/2 notamment).

Sa fiche Wikipedia parle, selon l'historien David Caute, comme « vraisemblablement le plus grand historien vivant — pas seulement du Royaume-Uni, mais du monde ».
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Ramite
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MessagePosté le: 26/10/2012, 11:42    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

oui, enfin, je n'ai pas trouvé cet historien très pertinent. ça commence mal pour lui dans l'émission de Là-bas, il commence par dire que le XX°s a marqué la disparition DEFINITIVE de la paysannerie; quand on connait la réalité du PO, on sait bien que cette disparition n'aura été que de courte durée. Peut-être un grand historien, mais en tous cas un bien médiocre visionnaire Mr. Green
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Alter Egaux
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MessagePosté le: 26/10/2012, 17:58    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Ramite a écrit:
il commence par dire que le XX°s a marqué la disparition DEFINITIVE de la paysannerie

Eric Hobsbawm étant anglais, je ne sais pas si c'est exactement ce qu'il a voulu dire, notamment parce que c'est un historien et qu'il sait que rien est définitif : les empires et les systèmes économiques notamment.
Personnellement, je ne me suis pas du tout arrêté à cela.
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Crevette
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MessagePosté le: 27/10/2012, 20:27    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Ai écouté le lien de Ramite.

Assez d'accord en général.

Mais Ramite, tu as raison, Eric Hobsbawn est obsolète.
La paysannerie ne disparaît plus, au contraire, elle fait un retour en force, petit à petit (en raison des faibles surfaces cultivées), mais réel. L'agriculture vivrière en vente directe et/ou circuits courts progresse. En même temps que les anciens arrêtent les uns après les autres.
Elle est aidée par les communes et communautés de communes, qui de plus en plus, passent leurs cantines en approvisionnement local, directement avec les paysans.

C'est le cas par chez moi, où une communauté de commune entière va passer à l'approvisionnement direct local, en bio quand c'est possible.
Les autres collectivités aux alentours font la même démarche.

Et il y a plein d'installations de néopaysans en maraichage bio, et quelques uns en arbo.

Je viens de faire ma première saison tomates, concombres, machin et tout, et j'ai mis 1 mois à fidéliser la clientèle. Certains m'ont dit "la semaine dernière, j'ai acheté des tomates au supermarché, elles sont restées au frigo, pas pu les manger" et ensuite ils me prennent 3kg de tomates anciennes... Tout en me remerciant.

Quand les gens comprennent qu'ils ont mangé de la merde trop chère (pour de la merde) depuis longtemps, beaucoup sont dégôutés et comprennent qu'ils se sont faits baiser.
Et ils commencent à découvrir les vrais fruits légumes...

Certes, il y a beaucoup de terrain à reconquérir. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Ca progresse depuis le bas petit à petit.
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Yab Léo
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MessagePosté le: 28/10/2012, 09:22    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Salut.
C'est vrai, il y a un retour en force de la petite paysannerie. Je sort tout juste du BPREA et ca été la conclusion de la plupart des formateurs. Beaucoup de convaincus de la nécessité d'un max d'autonnomie, de refaire ces semences et de diminuer la petrochimie. La permaculture et l'agroécologie font un tabac et sortent des frontières du grand jardinage.
Quand a moi je commence mes culture en mars sur deux hectares, avec suffisamment de place pour des expérimentations (planches permanentes et mulch...)
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Alter Egaux
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MessagePosté le: 30/10/2012, 09:31    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Crevette a écrit:
Certes, il y a beaucoup de terrain à reconquérir. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Ca progresse depuis le bas petit à petit.

Pas certain que le pic "capitalistique" soit passé.
Je le vois bien, en Ile de France, les derniers espaces verts sont dans la mire de promotteurs immobiliers dont la puissance de feu (et de fric) est sans commune mesure dans l'histoire de l'humanité, tous appartenant à des fonds de pensions milliardaires. Certes, on résiste, mais ce n'est pas encore en mode contre attaque.
De plus, j'ai le souvenir des années 70, où le retour à la terre était plus que massif, y compris dans des coins paumés en France. La PAC a réglé le compte de tous ses petits paysans, souvent orientés bio 40 ans avant notre ère. Et pour l'avoir vécu, alors que le foncier n'était pas verrouillé, j'avais l'impression que cette reconquête ne finirait jamais. La capitalisme a muté rapidement, et écrasé comme des merdes les plus belles volontés du monde.

L'industrie alimentaire n'est pas encore à son sommet, comme le laisse penser le livre de Aymeric Mantoux et Emmanuel Rubin : Le livre noir de la Gastronomie Française :

Citation:
« Guides gastronomiques corrompus, chefs soumis aux diktats des géants de l’agro-alimentaire, chroniqueurs cornaqués par la grande distribution, collusions entre cuisiniers et politiques, ce ne sont que rivalités, jeux de pouvoir, haines et passions. Nulle part ailleurs l’influence se concentre en si peu de mains. Politiques, industriels et chefs étoilés partagent sur fond de loges maçonniques un mot d’ordre unique : toujours plus, toujours pour les mêmes. »


Bien retranscrit dans le documentaire suivant :
Restauration française, un pavé dans l'assiette : 7 établissements sur 10 utiliseraient des plats industriels.

A lire aussi : Jean-Pierre Le Goff publie «la Fin du village».

Citation:
Cadenet, son église, sa mairie et ses deux mille habitants. Il aurait été assez simple de faire la « sociologie » de ce village provençal en deux cent cinquante pages : tirage au sort d'un huitième de la population adulte, établissement de questionnaires précis, subtil mélange du psychologique et du statistique, quelques emprunts courtois à la géographie et à l'histoire locale, et l'affaire aurait été pliée. Mais ce n'est pas la méthode qu'a retenue Jean-Pierre Le Goff. Ce sociologue, qui s'est toujours intéressé aux airs du temps (la gauche, la modernisation à l'école et dans les ­entreprises, les « illusions du management »), a préféré marauder sur plus de cinq cents pages, offrant ainsi le ­résultat d'une immersion empathique et complice dans un village qu'il fréquente depuis une trentaine d'années.

La modernité et les métamorphoses sociales de Cadenet, Jean-Pierre Le Goff les appréhende en discutant avec tous : pompiers, curés, cafetiers, chasseurs, touristes ou « étrangers » — terme qui désigne aussi bien des Marseillais que des Danois qui ont récemment élu domicile dans la commune. Il écoute les récits, les contes et légendes, retient les confidences et les souvenirs. Et le volume ­imposant devient alors la saga vivante d'un lieu de vie et de traditions que Le Goff déroule depuis l'après-guerre jusqu'en 2000. Une étude locale ? Certes, mais aussi représentative des évolutions nationales : Cadenet, écrit Le Goff, est « un phénomène social-historique qui condense les évolutions problématiques de la France d'aujour­d'hui ». Etudier les changements survenus à Cadenet et chez ses habitants, c'est sonder les ­modifications profondes qui ont affecté la France, et proposer un cas pratique de confrontation entre modernisme et traditions, entre un passé regardé parfois avec nostalgie et un présent dont on évalue les apports bénéfiques comme les méfaits.

Avant d'être « le bronze-cul de l'Europe », comme dit joliment un Cadenétien, la Provence avait ses traditions, ses modes et ses travaux. La culture de l'amandier, celle qui faisait que l'on cassait les amandes avec les galets de la Durance, s'est évanouie. La vannerie, activité centrale au début du xxe siècle, a quasiment disparu. Et l'agriculture est en déclin, avec la baisse des surfaces agricoles. Parallèlement, la flambée des prix de l'immobilier et la proximité du TGV modifient la sociologie des habitants. Les chiffres sont précis, les analyses implacables, et les paroles recueil­lies par Le Goff les incarnent ­fortement. Les répliques sont souvent di­gnes des dialogues de Pagnol. Le « Parisien », celui venu « du Nord », pres­que l'équivalent d'un natif des vallées glaciaires norvégiennes, a du mal à se faire adopter par les gens du pays, a fortiori s'il n'est « ni du bar, ni de la terrasse » et s'il ignore combien de temps les cigales restent sous terre. Admirer le paysage ne suffit pas. Le Goff, lâchant un sincère « il est beau, ce village », se fait vertement reprendre par un ancien : « Non monsieur, ce n'est pas un beau village, c'est le plus beau village ! »

Entre promenades et petit vin partagé, c'est un demi-siècle de Cadenet que Jean-Pierre Le Goff fait défiler, montrant les ruptures qui ont modifié le ­visage et les mentalités de la commune, les confrontations qui l'ont secouée. Le communisme inscrit « dans les gènes » du « village rouge » s'effrite, la télé a tué « l'esprit de village », la connaissance de la guerre a du mal à se transmettre, les anxiolytiques ornent depuis peu les ­linéaires de la pharmacie, l'incrédulité est de mise face aux gens « qui vont au psy », et les sobriquets habillent volontiers les « snobs » de Lourmarin ou les « cultureux » qui offrent des spectacles diversement appréciés. Le temps où la quincaillière vendait des vis à l'unité est bien révolu, et Cadenet, village français baigné de couleurs, espère vivre du tourisme sans perdre son âme. La chaleur humaine se mérite, chacun devra y mettre du sien.


De même, l'article de Marianne : Le crépuscule des paysans.

Citation:
Le crépuscule des paysans

Les 15es Rendez-vous de l'histoire de Blois ont été consacrés au monde rural, en proie à des bouleversements sans précédent. Rencontre avec le sociologue Jean-Pierre Le Goff, qui publie «la Fin du village».
Paysans ! Longtemps, le mot même fut une insulte. Gambetta, en 1871, pensait ainsi qu'ils étaient «intellectuellement en retard de quelques siècles sur la partie éclairée du pays». Il n'avait pas anticipé qu'ils seraient un jour au premier plan sur l'écran de nos regrets et de nos nostalgies.

La modernisation de l'agriculture du siècle dernier n'est pas parvenue à effacer le mot - «paysans» - tant il est chargé d'histoire, de mémoire, et continue encore à rivaliser avec celui d'agriculteur. Ce n'est donc pas un hasard si Francis Chevrier, le directeur des Rendez-vous de l'histoire de Blois - dont Marianne est partenaire cette année -, a choisi ce beau mot pour son édition qui aura lieu du 18 au 21 octobre* et qui s'annonce très fréquentée. Les paysans nourrissent notre imaginaire, mais ils nourrissent aussi l'humanité. Le terroir et les «profils paysans» de Raymond Depardon nous enchantent, tandis que le destin de la planète cultive notre désenchantement. Cette année, la géographie comme la démographie et l'écologie seront donc les alliées naturelles de l'histoire rurale. Et la longue durée, sa condition. Le succès actuel de l'agriculture durable en est d'ailleurs le signe manifeste. Un point qui sera soulevé par la géographe Sylvie Brunel lors de sa conférence inaugurale. Et qui sera repris sous toutes ses facettes au cours de tables rondes aussi variées que contrastées, telles celles consacrées aux «révoltes paysannes», aux «paysans et la ville», à la politique agricole commune ou à la faim dans le monde.

De quoi alimenter des échanges et des controverses passionnantes, que nous ouvrons quant à nous par un entretien avec Jean-Pierre Le Goff, lui aussi invité à Blois, pour son livre sur Cadenet, un village de Provence, où les paysans ont quasiment disparu.

Marianne : Encore un livre sur la France rurale qui annonce sa disparition ! La Fin du village, ce n'est pas un titre très encourageant. Il fait penser à la Fin des paysans (1967), du sociologue Henri Mendras, ainsi qu'au merveilleux livre de l'historien Eugen Weber (1925-2007) qui traitait de la modernisation de la France rurale de 1870 à 1914, la Fin des terroirs (1983). N'y a-t-il pas d'autres moyens pour aborder la ruralité que de parler de sa fin ?

Jean-Pierre Le Goff : Le mot «fin» permet de mettre en lumière le contraste manifeste entre une mémoire, un imaginaire qui perdure et la réalité. Depuis la seconde moitié des années 70, nous sommes dans un moment historique particulier que l'historien Pierre Nora a mis en lumière dans ses Lieux de mémoire. Nombre de Français se passionnent pour le patrimoine ou la généalogie. Ils se replient sur un passé largement idéalisé et mythifié qui n'a plus rien à voir avec leur mode de vie dans un pays qui a changé et qui ne sait plus trop où il va. Cette perte de la dynamique de la modernité, d'une vision positive de l'avenir, va de pair avec la nostalgie et ce goût pour le patrimoine. Dans ce monde désorienté, les discours des managers et des politiques qui en appellent à la mobilisation générale pour le «changement» tombent largement à plat. Beaucoup sont las de cette fuite en avant et se réfugient dans leur communauté ou leur réseau. Désormais, au sein du «village», coexistent en un curieux mélange les restes de l'ancien et le mode de vie des plus «branchés».

Sans doute, mais la fin des terroirs, cela voulait dire que le paysan devenait un agriculteur, malgré tout ; tandis que la fin du village, c'est une métamorphose sans lendemain.

J.-P.L.G. : C'est en effet la fin de la collectivité villageoise qui combinait dans un même espace travail, habitation, et ce qu'on appelle aujourd'hui «loisir», avec ce qu'elle impliquait de sociabilité d'entraide et de solidarité, mais aussi de rapports de grande proximité avec leurs contraintes et leur dureté. On ne ressuscitera pas le passé.

Oui, mais qu'est-ce qu'il y a après la fin ?

J.-P.L.G. : Un phénomène étrange : la coexistence à l'intérieur d'un même espace géographique de catégories sociales diversifiées ayant chacune leur réseau qui déborde cette zone géographique. Cet espace est dépourvu de culture et de projet communs. Ce qui est très frappant, c'est cette coexistence pacifique dans un village qui n'en est plus un et que j'appelle le «patchwork».

Tenez-vous pour responsable la politique agricole commune (PAC) de cette déshérence et de la disparition de la petite exploitation agricole ?

J.-P.L.G. : Qu'est devenue aujourd'hui la «politique agricole commune» ? Que peuvent les petits exploitants agricoles face à la concurrence et aux grands circuits de distribution ? J'ai connu un jeune paysan, dans le canton que je décris dans le livre, qui faisait des melons, ensuite il s'est mis à faire des fraises... Cela changeait sans arrêt ; désormais, le vin l'emporte sur les vergers et les légumes. Et dorénavant, pour des petits exploitants, la location de gîtes fait partie de leur activité. On ne saurait généraliser une situation particulière, mais, dans le canton de Cadenet, les terres à l'abandon progressent. Cette situation est vécue comme un drame par les anciens agriculteurs dont la relève n'est plus assurée ; c'est leur vie et leur terroir qui disparaissent. D'autres s'en accommodent tant bien que mal, en espérant que leur terrain soit un jour déclaré constructible pour pouvoir finir au mieux leurs vieux jours...

Votre livre est une vaste fresque sur la vie quotidienne d'un village français dans lequel beaucoup de lecteurs se reconnaîtront. Il est le résultat d'une longue enquête sur les transformations d'un bourg du Luberon depuis la Seconde Guerre mondiale. Quel est votre rapport personnel à ce village ?

J.-P.L.G. : Affectif, quasi familial puisque j'y ai été introduit grâce à une ancienne famille qui m'a permis d'y louer une ferme abandonnée au début de mon immersion. Ce qui m'avait frappé dans les années 80 avec la municipalité de gauche, c'est la montée de l'animation culturelle, au moment même où le travail venait à manquer. La vannerie avait cessé, les agriculteurs disparaissaient, et il fallait redonner vie au village en mettant l'accent sur les couches nouvelles, l'animation culturelle et les associations qui étaient une sorte de substitut à l'ancienne sociabilité villageoise liée aux activités traditionnelles. J'ai donc voulu comprendre ce qui se passait. Il y avait également un parc naturel régional qui introduisait une administration de la nature d'un genre très particulier. Les soixante-huitards dont je parle ont joué un rôle important dans cette mutation.

Vous êtes d'ailleurs plus tendre avec certains d'entre eux que dans votre essai Mai 68, l'héritage impossible (2005). En témoigne votre visite chez la bergère qui parle de ces années comme d'une époque «où l'on ne savait pas où l'on allait». En revanche, vous ne portez pas vraiment dans votre cœur ceux que vous appelez «les cultureux»...

J.-P.L.G. : Je crois qu'il faut distinguer ceux qui vivaient intensément une utopie dans le présent, sans calculer - c'est le cas de cette bergère et des «hippies du Laval» -, et les autres venus un peu plus tard. Car après ce moment d'incandescence, il y a eu une vague de retour à la campagne, qui était beaucoup plus posée, avec l'idée de vivre et d'élever ses enfants en dehors des grandes villes et du système. C'est une deuxième vague un peu différente qui s'est installée sur place et qui a fondé des associations et occupé des postes. Une petite partie de ces gens est issue de ce qu'on a appelé la «deuxième gauche» et a adhéré au Parti socialiste.

Votre plongée dans le monde de Cadenet commence par la description du peuple ancien et s'achève par une radiographie du village bariolé. Or ce nouveau monde est un espace économiquement fragile, culturellement décomposé, et pour tout dire une Provence «en morceaux»...

J.-P.L.G. : Elle l'était déjà depuis un bon moment par rapport à l'image mythique de la Provence du XIXe siècle telle qu'elle nous a été transmise par une certaine littérature, c'est vrai. Mais ce qui m'intéresse, au-delà de la dimension économique et sociale, c'est de réintégrer cette dernière dans une vision anthropologique : pour moi, l'essentiel est de comprendre le type d'humanité auquel on a affaire. Par là, j'entends un rapport au monde et aux autres qui repose sur une conception de la vie, un rapport à la tradition, un attachement aux valeurs de solidarité, sans oublier un art de vivre populaire, qui est aujourd'hui érodé. Or ce type d'humanité, qui comporte sa part de rudesse et de préjugés, est aujourd'hui en voie de disparition, sous l'effet du développement d'un nouvel individualisme combiné à la crise économique et sociale. Mais ce qui est frappant, c'est que beaucoup d'amoureux de la Provence qui ont les moyens de s'y installer ont en tête des images du monde d'hier tout en vivant dans l'«entre-soi», en ne se mélangeant pas trop aux anciens Provençaux qui, à Cadenet comme dans d'autres bourgs et villages, deviennent minoritaires. Ce qui ne les empêche pas de faire appel aux autochtones pour de menus travaux ou d'apprécier d'avoir un Provençal typique à leur table comme on goûte un bon vin. J'ai vécu ces scènes.

Vous donnez l'impression dans cet ouvrage de ne rien proposer pour sortir du marasme ou de ce que vous appelez la «déglingue», lorsque vous évoquez des habitants désœuvrés, ou bien les problèmes d'intégration. Pourquoi ce souci de ne pas outrepasser le constat ?

J.-P.L.G. : Deux raisons. La première, c'est que je ne supporte pas un certain type de commentaire qui fleurit dans les grands médias audiovisuels en donnant des leçons. Nous sommes dans une société éminemment bavarde où nous avons l'impression d'avoir transformé le monde quand on a glosé sur son état ! En même temps, ce bavardage nous protège et nous isole de l'épreuve de la réalité. La seconde raison est celle des limites de ce que j'appelle la «sociologie plate», comme s'il suffisait de «mettre à plat» les choses, de démonter les mécanismes, d'écrire un énième rapport d'expertise pour que nous prenions conscience de l'état du pays. Aujourd'hui, il y a une difficulté à affronter l'ampleur et le caractère inédit des défis qui sont posés à la collectivité. Dans la pauvreté ancienne, on pouvait garder l'estime de soi. C'était le cas des vanniers qui étaient des catégories très pauvres mais qui avaient la fierté de «gagner leur vie» et qui vivaient dans une collectivité solidaire. Avec le chômage de masse, tout bascule. On est confronté à des individus qui ne se sentent pas utiles socialement, qui perdent l'estime d'eux-mêmes. A cette inactivité s'ajoute l'éclatement des familles. Cette combinaison du chômage, de la déstructuration des familles et des anciens liens de solidarité produit des effets puissants de déstructuration anthropologique. Mais au milieu de cette «déglingue», l'humanité demeure. C'est ce que j'ai voulu montrer avec quelques-uns des personnages que j'ai rencontrés.

C'est ce qui est réussi dans votre livre. Grâce à vous, le Bar des Boules va devenir un lieu de pèlerinage. Et Cadenet, l'observatoire du malaise français. Mais vous ne feriez pas une bonne recrue pour la droite populaire ou la gauche du même nom. Car, au bout du compte, le peuple reste et demeure chez vous introuvable !

J.-P.L.G. : Quand on parle du peuple, il y a deux idées qui se superposent. Il y a d'abord la citoyenneté au sens politique, qui passe par le suffrage universel et qui fait que chacun participe par son vote au destin du pays, et ensuite la manière dont la gauche a attribué une dignité et une mission particulière aux couches populaires du fait de leur position de classe, de leur situation de «dominées». La gauche officielle a toujours, selon moi, joué confusément sur les deux plans. Mais il y a une autre approche des couches populaires que je trouve plus intéressante, qui est celle d'Orwell, plus soucieux de mettre en valeur la dignité des classes pauvres, la morale populaire et un certain «sens commun». Cette approche a cependant pour référence un monde ouvrier qui, qu'on le veuille ou non, n'existe plus. Ce qui ne veut pas dire que tout est foutu, mais qu'il faut penser les choses autrement si l'on entend reconstruire.


Attention donc à ne pas prendre ses rêves pour des réalités, fait d'un autocentrisme rasurrant. Il y a eu des vagues de paysans écrasés avant nous, et il y en aura après nous. Les règles sont fixées par la mondialisation, l'Etat, l'Europe, les empires...
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Ramite
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MessagePosté le: 30/10/2012, 13:14    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Alter, il y a tout de même une différence de taille entre les années 70 et aujourd'hui :
- dans les années 70, il s'agissait d'un retour éthique à la terre, d'un choix utopique à contre courant, en plein sommet de la société de consommation ;
- aujourd'hui, il s'agit d'un retour à la terre par nécessité, dans un monde en crise, où les jeunes sont terrassés par le chômage et où l'ensemble des prix augmentent par inflation.
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Alter Egaux
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MessagePosté le: 30/10/2012, 16:04    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Ramite a écrit:
Alter, il y a tout de même une différence de taille entre les années 70 et aujourd'hui :
- dans les années 70, il s'agissait d'un retour éthique à la terre, d'un choix utopique à contre courant, en plein sommet de la société de consommation ;
- aujourd'hui, il s'agit d'un retour à la terre par nécessité, dans un monde en crise, où les jeunes sont terrassés par le chômage et où l'ensemble des prix augmentent par inflation.

Certes. Mais la nécessité n'entraine pas forcément une meilleure résilience vis à vis des stratégies du Capitalisme. Si le bras armé du capitalisme est de plus en plus tranchant, la réalité n'en reste pas moins terrible. A l'époque, l'éloignement vis à vis des services publics étaient un dangereux talon d'Achile, éducation, médecin, prix du carburant, consommateurs éparpillés, etc...

Ces facteurs sont toujours une réalité : les sous préfectures sont en train de creuver, les hopitaux centralisés, les postes fermées, les villages ne vivants qu'à l'heure des vacances scolaires, les écoles démunies où les classes fermes... Sans parler du prix de l'essence,...

A l'époque, il y a avait une très grande entraide. Aujourd'hui, il y a la télé.
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Yab Léo
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MessagePosté le: 31/10/2012, 10:11    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Ramite a écrit:
Alter, il y a tout de même une différence de taille entre les années 70 et aujourd'hui :
- dans les années 70, il s'agissait d'un retour éthique à la terre, d'un choix utopique à contre courant, en plein sommet de la société de consommation ;
- aujourd'hui, il s'agit d'un retour à la terre par nécessité, dans un monde en crise, où les jeunes sont terrassés par le chômage et où l'ensemble des prix augmentent par inflation.


...Oui, comme en Grèce, qui connait un 14% de retour a la terre depuis trois ans. C'est un chiffre énorme.
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postdave
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MessagePosté le: 31/10/2012, 11:47    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Je suis d'accord avec Alter sur l'emprise qu'a le capitalisme, même sur un retour à la terre. Car au final pour faire un retour à la terre, en toute autonomie, il faut beaucoup d'argent. Sans rien, il faut passer par un diplome, puis une dotation d'état qui est contraingnate en apportant des obligations de production, un endettement bancaire conséquent qui rend complètement fragile ce retour à la terre et maintient/entraine sur une voix productiviste.
Il n'y a bien que dans les rares régions ou le foncier est vraiment délaissé, ou les prix sont bas et surtout ou les SAFER ne pré-emptent pas tout.

Un jeune agriculteur, paysan bio, mais endetté n'est pas vraiment résilient. La résilience à un prix que seul le capital peut acheter, comme un esclave qui doit s'affranchir en apportant une somme d'argent.

Je suis assez pessimiste sur les mouvements de résistance, on est tellement peu à vouloir résister, notre lutte est tellement absconse pour le quidam, et il est triste de voir que ce sont les riches qui une fois qu'on les aura convaincu de devenir résilient, pourront s'offrir une vrai liberté.

Bien entendu, je rejoint Ramite sur le notion différence idéologie/obligation qui entrainait et entraine le retour à la terre. Je pense qu'ici nous sommes tous des idéologues d'une autre agriculture, et par extension d'une autre vie.
Mais ceux qui viendront par obligation, ce n'est pas une certitude que ce soit une bonne chose. Par chez moi il y a quelques groupes qui squattent des bouts de terrain en friche. les carottes poussent autour des tas de ferraille de récup, c'est une débrouillardise type ghettos indiens, c'est loin de nos idéaux permaculturels. Je pense que nous sommes des résistants, des insurgés, donc des idéologues idéalistes, et que peut etre nous resterons rares malgré les troubles à venir, et que les vrais retours à la terre en masse ressembleront à une ghettoïsation rurale, conservant le clivage pauvre/possédant, gens de peu/gens de biens, misérables/artistocrates.
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porcinet
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MessagePosté le: 31/10/2012, 14:02    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

La ghettoïsation ne concernera que le péri-urbain. Les zones rurales productives seront militarisées. c'est déjà le cas en Amérique du sud. Que ce soit des milices privées, l'armée ou la police.
Plus que des ghettos, je pense à des enclaves dans des territoires délaissés.
Un monde coupé en deux comme maintenant mais se passant de l'assentiment des foules.
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Alter Egaux
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MessagePosté le: 07/03/2013, 16:06    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Comparaison intéressante :

Monde de l'élevage :
- 3 600 heures en moyenne, 15 000 à 25 000 € de revenu, soit 3 à 6 € de l'heure de travail
Monde des céréales :
- 800 heures, 75 000 à 78 000 € de revenu
Conséquences : arrêt de l'élevage, 51 000 grandes cultures en France en constante croissance.

Sources...
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Etape n°1 : Les africains nomment le pétrole : la "merde" du diable.
Etape n°2 : Restons cool, le PO arrive...
Etape n°3 : "Mais à cet endroit, en ce moment, l'humanité, c'est nous, que cela nous plaise ou non", Samuel Beckett
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Crevette
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MessagePosté le: 07/03/2013, 20:14    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Au vu de ce qui vient à mes oreilles de paysan depuis le monde de l'élevage, c'est pas joli à voir.

Beaucoup ne s'en sortent pas (en conventionnel intensif, ceux qui ne donnent presque que des aliments achetés qui arrivent par camions).

Ils ont manifesté à Quimper (29) récemment et c'était pas joli à voir:
http://www.breizhlog.eu/artikel/quand-des-agriculteurs-vont-trop-loin/

Ils avaient prévu de faire ensemble 50 dépôts de bilan ce jour là en préfecture...

Effectivement, beaucoup vont arrêter l'élevage pour devenir céréaliers...
Donc, ont va continuer à raser les talus, bla bla...

Pendant ce temps, nos amis paysans roumains s'équipent en tracteurs, et emmènent leurs bêtes de trait à l’abattoir.
D'où le scandale des lasagnes, machin et tout.

Gageons que la viande va redevenir un luxe...
_________________
La nature, c'est ce que nous sommes, et tout ce que nous avons.
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Alter Egaux
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MessagePosté le: 24/03/2013, 14:43    Sujet du message: L'agriculture et le capitalisme Répondre en citant

Les Paysans, 60 ans de révolution :

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Etape n°3 : "Mais à cet endroit, en ce moment, l'humanité, c'est nous, que cela nous plaise ou non", Samuel Beckett
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